Il y a quelques semaines, j’étais en compétition avec une de mes gymnastes. Lorsque je suis arrivée sur le site de l’événement, elle était blême et visiblement stressée… pourtant, il y a un mois nous avions fait une compétition de style invitation – dont les résultats ne comptent pas pour la qualification provinciale et nationale. Lors de cette compétition, Eve avait très bien performé et avait remporté 4 médailles, dont la médaille d’argent au total des engins.

Sur les plans technique, tactique et physique, Eve était donc complètement prête pour la compétition, puisque ses routines étaient les mêmes que lors de la compétition précédente, et qu’elle les maîtrisait très bien.

En tant qu’entraîneur, je me suis donc demandé d’où venait ce stress soudain et inattendu. Après lui avoir posé quelques questions, j’ai réalisé qu’Eve avait peur… de rater, de contre-performer, peur de l’échec. L’enjeu de la compétition étant plus important que la dernière fois, elle voyait l’événement sous un angle complètement différent.

Eve étant une athlète très introvertie, durant les entraînements préparatoires je n’avais pas perçu d’indices pour la préparer à cette situation. Tout au long de la compétition, j’ai donc travaillé avec Eve pour l’aider à gérer son stress.

Dans cet article, je te donne les 5 aspects sur lesquels nous avons travaillé.

1. Nommer les peurs et dédramatiser

Juste avant le début de l’échauffement, j’ai pris le temps de discuter avec Eve afin de comprendre et de visualiser, le plus spécifiquement possible, ce qui se passait dans sa tête. Je lui ai posé les questions suivantes :

  • De quoi as-tu peur? (Nous avons fait une liste mentale des peurs, qui incluait les erreurs et des raideurs dans les jambes.)
  • Quel est le pire qui puisse arriver, si tu commettais des erreurs en compétition? (Nous avons établi les conséquences possibles et leur impact.)
  • Y a-t-il des gens que tu pourrais décevoir? (Non.)

Pendant la discussion, nous avons réalisé que la peur était plutôt floue, globale et généralisée. Il était difficile pour Eve de déterminer précisément ce qui la stressait*, c’était plutôt un ressenti. Nous avons alors revisité chacun des engins et j’ai demandé à Eve quelles étaient ses peurs en lien avec cet engin. Suite à cet exercice, Eve a réalisé qu’il n’y avait pas de peurs spécifiques, qu’elle se sentait prête à chacun des engins et qu’elle maîtrisait ses routines.

Sur le plan physique, depuis quelques jours Eve avait des raideurs dans les jambes. Elle avait peur que cela la déconcentre ou ait un impact négatif sur sa performance. On a discuté de solutions spécifiques et on a fait un plan d’action pour la compétition :

  • Nous avons décidé de réduire le nombre de répétitions à l’échauffement pour les éléments qui demandent plus de puissance.
  • Nous ferions en sorte qu’Eve demeure activée en tout temps, et qu’elle prenne un peu plus de temps pour s’échauffer avant la routine à l’engin.
  • On s’est rappelé des trucs techniques pour rendre plus légers les mouvements qui causent les raideurs.

Si tu lis cet article en tant qu’athlète, ta première étape est de déterminer de manière très spécifique ce qui te fait peur ou te cause du stress. Nomme tes peurs, à haute voix si possible. Ensuite, évalue le danger : qu’est-ce qui pourrait t’arriver si ta peur se réalisait? Est-ce dangereux? Ton cerveau réagit instinctivement. Prends le temps de te rassurer et d’appréhender de manière honnête ce qui se trouve devant toi. Enfin, fais une liste de stratégies pour gérer tes peurs.

*Pour accéder à l’activité des sources de stress ainsi qu’aux documents pour l’animer avec tes athlètes, abonne-toi à Patreon Entraîneurs.

2. Foncer

Certains athlètes, lorsqu’ils sont stressés, deviennent suractivés. Tout va trop vite, ils ont “trop” d’énergie. Ils perdent le contrôle de leurs actions et prennent des décisions précipitées.

D’autres athlètes, lorsqu’ils sont stressés, ont plutôt tendance à être figés, pétrifiés par la peur de commettre des erreurs. On dit qu’ils ont tendance à être sous-activés. C’est le cas d’Eve. Lorsqu’elle se sent anxieuse, son niveau d’activation devient tellement bas qu’elle perd son synchronisme, elle manque de puissance dans ses rebonds et il devient difficile pour elle de prendre des décisions rapides et efficaces.

À un certain moment durant l’échauffement, j’ai dû aider Eve à s’activer. J’ai alors modifié mon ton de voix et accéléré mes instructions. Je suis devenue plus directe et affirmée, en lui donnant des instructions très précises. Je lui demandais de recommencer lorsque l’exigence n’était pas remplie. Je lui ai donné des points-clés sur lesquels s’appuyer pour performer. Eve a alors retrouvé un cadre et des repères, ce qui lui a permis de focaliser son attention et de reprendre le contrôle de ses pensées, qui s’envolaient dans toutes les directions.

En tant qu’athlète, tu peux utiliser la même stratégie que l’entraîneur, mais pour toi-même : si tu te sens sous-activé(e), paralysé(e) par la peur, donne-toi des balises et des instructions claires à respecter en toutes circonstances. Sois exigeant(e) sur les détails et les petites actions, et lance-toi des défis par rapport à des habiletés simples que tu maîtrises bien. Pousse-toi en devenant très affirmatif(ve) mentalement et physiquement. Adopte de manière consciente des attitudes pour dégager de la confiance et de l’assurance : fais des gestes dynamiques et exprime-toi d’une voix ferme avec des mots clairs.

3. Rester concentré(e)

N’ayant pas complètement trouvé son rythme en début de compétition, Eve a commis une erreur majeure durant sa routine au sol. Comme elle manquait de puissance et de rebond durant l’échauffement, elle a voulu tout donner en compétition. Au final, elle a tellement rebondi qu’elle a terminé son premier enchaînement acrobatique en-dehors du sol… ce qui lui a coûté un peu plus d’un demi-point.

Le sol étant son premier engin sur un total de quatre engins, la compétition était loin d’être terminée! Pour rester dans la compétition, Eve a focalisé son attention sur des éléments précis et qu’elle peut contrôler. La veille de la compétition, elle avait noté ses objectifs de processus* pour chacun des engins. Tout de suite après sa performance, nous avons révisé ensemble ses objectifs et coché ceux qui avaient été atteints.

Au sol, elle avait noté trois objectifs :

  1. Souligner les temps forts dans sa chorégraphie avec des gestes amples et dynamiques.
  2. Compléter le double tour.
  3. Exécuter une réception précise (déduction de 0.1 pt ou moins) pour la première ligne acrobatique.
  4. Exécuter une réception précise (déduction de 0.1 pt ou moins) pour la deuxième ligne acrobatique.

Au final, Eve a atteint les objectifs 1, 2 et 4, soit 75% de ses objectifs. Elle a coché ses réussites, rangé sa feuille puis tourné la page (au propre comme au figuré), sachant qu’on allait y revenir plus en détails après la compétition. Nous avons répété l’exercice après chacune des épreuves.

*Pour accéder à l’activité des objectifs COMPAS ainsi qu’aux documents pour l’animer avec tes athlètes, abonne-toi à Patreon Entraîneurs.

En tant qu’athlète, prends le temps d’écrire tes objectifs de processus avant la compétition. Révise-les avant ta compétition et focalise ton attention sur ces éléments durant la compétition. Au lieu de te concentrer uniquement sur tes erreurs et sur le résultat final, souligne tes succès et tes bons coups. Permets-toi d’analyser les erreurs et les points d’amélioration après la compétition, et pas pendant.

4. Le faire pour les bonnes raisons

Après avoir dédramatisé les peurs, géré le niveau d’activation et focalisé l’attention sur le processus, il est temps de se rappeler pourquoi on est là! On pratique notre sport parce qu’on l’aime, parce que c’est une passion et parce qu’on veut se dépasser.

Il y a des moments où l’on doit entrer dans sa bulle et rester concentré(e) sur nos actions, sans se laisser distraire par l’environnement. Et il y a des moments où la meilleure solution est de sortir de sa bulle et savourer l’instant présent en se plongeant totalement dans l’expérience. Revenir au plaisir et à la joie nous permet d’accéder à une nouvelle perspective, ce qui, ultimement, transforme notre expérience. Les émotions positives, une fois intégrées, nous permettent de revenir à la performance avec un oeil neuf et une confiance renouvelée.

En gymnastique, les temps d’attente entre les épreuves sont souvent longs. Avec Eve, durant ces temps d’attente nous avons pris le temps de rire et d’avoir du plaisir. D’observer et d’admirer les performances d’autres athlètes du niveau supérieur qui compétitionnaient en même temps que nous, et de rêver. Ok, la performance offerte en début de compétition n’était pas tout à fait celle anticipée… so what? C’est la première compétition de l’année, durant laquelle Eve côtoie et affronte les meilleures gymnastes de niveau national, et certaines d’entre elles accéderont aux championnats du monde d’ici quelques années. C’est une expérience mémorable et extraordinaire, et on veut profiter de chaque minute.

Pour générer des émotions positives, il est aussi important de célébrer les bons coups. Durant la compétition, pour garder un bon niveau d’activation j’étais exigeante et je demandais à Eve d’adopter une attitude de confiance, je voulais qu’elle fasse preuve de caractère et qu’elle fonce. Toutefois, j’ai aussi souligné chacun de ses succès, en lui faisant remarquer ce qui s’était amélioré depuis la dernière compétition.

En tant qu’athlète, lorsque la peur s’amplifie dans ton esprit, il ne reste plus de place pour le plaisir, l’amour du sport et le désir de dépassement. Pour y revenir, prends le temps de t’amuser, rappelle-toi pourquoi tu aimes ton sport, et exprime mentalement, verbalement ou physiquement ta gratitude d’être là et d’avoir la chance de vivre cette expérience. Revois ton parcours, tes succès et sois fier(ère) de toi et de tout ce que tu as accompli.

5. Faire le bilan et rebondir

Au final, Eve n’a pas donné tout à fait la même performance que lors de la compétition de type invitation. Toutefois, il ne serait pas tout à fait juste de comparer ces deux compétitions entre elles, puisque l’enjeu n’était pas le même.

De nombreux athlètes et entraîneurs commettent l’erreur mentale de la comparaison : on compare la performance en compétition à celle de l’entraînement, ou à une compétition de calibre différent. Pourtant, la charge mentale est très différente! Pour analyser l’évolution et l’amélioration, il est important de comparer des événements sembables.

En analysant les résultats de la dernière compétition d’Eve dans la même catégorie la saison passée, nous avons constaté qu’Eve a augmenté son pointage total de 1,5 point, ce qui est tout à fait satisfaisant, et un bon point de départ pour cette nouvelle saison.

Tout de suite après la compétition – avant la remise des récompenses, afin que son discours ne soit pas biaisé par les résultats – j’ai demandé à Eve son propre bilan de la compétition. Se référant au suivi des objectifs que nous avions fait tout au long de la compétition, elle m’a répondu : “Maintenant je sais sur quoi travailler et quoi améliorer.” Sur les plans technique et tactique, nous avions des pistes de solution et très hâte de revenir au gym pour les mettre en oeuvre.

Mais cela ne s’arrête pas là. J’ai ensuite demandé à Eve de décrire comment elle se sentait avant la compétition, et quel impact son stress a-t-il eu, selon elle, sur sa compétition. Je lui ai aussi demandé quelle attitude est-ce qu’elle pourrait adopter et entraîner pour réduire son stress et démontrer plus d’assurance lors de la prochaine compétition. Elle a réfléchi quelques secondes, puis m’a répondu : “La prochaine fois, je dois avoir plus de confiance que de peur.”

Comment faire? Eve n’avait pas la réponse. Mais elle découvrira certainement des éléments de réponse très bientôt! Car cet objectif deviendra notre priorité d’entraînement d’ici la prochaine compétition.

En tant qu’athlète, fais un bilan après ta compétition, en comparant ta performance à celle d’une compétition précédente. Note les améliorations et tes succès. Identifie tes sources de stress et tes principaux défis au niveau mental, puis analyse tes pensées et leurs impacts sur ta performance. Note des pistes de solution et mets en oeuvre ton plan d’action lors de tes prochains entraînements.

J’espère que cet article te sera utile pour aider tes athlètes les plus anxieux(ses) à gérer leur stress en compétition!

Si tu as des questions, n’hésite pas à m’écrire à info@ggmentalprep.com.

Bon coaching !

Coaching Patreon
Séance de préparation mentale individuelle

Print Friendly, PDF & Email

Leave a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *