Plus un(e) athlète a confiance en ses habiletés, plus son stress diminue. Et cette confiance, il ou elle la bâtit (entre autres) de deux manières :

  1. Par la répétition et le développement d’automatismes ;
  2. En acquérant la conviction d’avoir déjà affronté et surmonté plus difficile que ce qui se présente à lui / elle.

Pour développer la première source de confiance, il est crucial d’entraîner régulièrement et systématiquement les bases techniques et tactiques afin que l’athlète puisse accéder à ses automatismes en compétition. Pour développer la deuxième source de confiance, l’athlète doit être plongé régulièrement dans des situations compétitives et être appelé à relever de nombreux défis.

Généralement, les athlètes ou les équipes maîtrisent davantage un des deux aspects : soit ils ont d’excellentes bases techniques, soit ils sont très performants dans les situations compétitives sous pression.

Comment faire pour exceller aux deux niveaux ?

(Crédit photo : Ross Findon sur Unsplash)

La planification traditionnelle

À l’université, j’ai appris à planifier mes entraînements en enchaînant les mésocycles dans un ordre précis : bases générales, bases spécifiques, pré-compétition, compétition, sommet de performance, récupération. Et on recommence.

Durant mes premières années de coaching, j’avais donc tendance à travailler les bases en début de saison, puis à réduire progressivement le temps alloué à ce type d’entraînement au profit d’un entraînement plus spécifique à la compétition – par exemple, pratiquer les enchaînements techniques dans des situations compétitives pour un sport individuel, ou s’entraîner dans des situations de match pour un sport d’équipe.

Toutefois, j’ai remarqué que mes athlètes étaient rarement prêts pour le premier match ou la première compétition. Je manquais toujours de temps. J’avais constamment l’impression que j’aurais eu besoin de quelques semaines d’entraînement supplémentaires pour qu’ils performent à un bon niveau.

Je me suis demandé pourquoi. Et j’ai alors fait une découverte qui a complètement changé ma façon de planifier ma saison.

Devenir confortable dans les situations inconfortables


When we are willing to stay even a moment with uncomfortable energy, we gradually learn not to fear it.

Lorsqu’on accepte de rester même un instant dans une énergie inconfortable, c’est alors qu’on se libère peu à peu de la peur.

Pema Chödrön

En utilisant la périodisation traditionnelle, chaque fois que mes athlètes passaient d’une phase d’entraînement à une autre – par exemple de la phase de préparation spécifique à la phase de pré-compétition, ils sortaient de leur zone de confort. Ils avaient donc besoin d’un temps d’ajustement, plus ou moins long selon leur capacité à s’adapter. Et comme chaque phase n’avait lieu qu’une à deux fois chaque saison, ils ne développaient pas suffisamment d’expérience pour maîtriser chacune des phases.

Je me posais 2 questions :

  • Comment faire pour accélérer le processus et réduire le temps d’adaptation ?
  • Est-ce possible de développer d’excellentes bases ET des habiletés compétitives plus solides ?

J’ai alors trouvé des solutions.

  1. Un changement de structure dans ma planification. J’ai modifié la structure de ma planification de façon à travailler les bases ET les situations compétitives TOUT AU LONG de l’année.
  2. Des défis lancés selon une progression non linéaire. Je suis devenue plus créative dans ma manière de planifier; alors que j’avais tendance à augmenter le niveau de difficulté progressivement, aujourd’hui je suis constamment à la recherche de nouveaux défis, parfois très complexes, à lancer à mes athlètes, afin de les pousser au-delà du niveau qu’ils auraient à affronter en compétition.

On pourrait croire que mettre en place ces solutions (plus de bases ET plus de situations compétitives, en plus d’aller au-delà de niveau requis) demanderait un plus grand nombre d’heures d’entraînement.

Étonnamment, non !
Voici pourquoi.

Le truc pour gagner du temps à l’entraînement

En introduisant les situations compétitives très tôt dans la saison, on pousse les athlètes hors de leur zone de confort. Ils n’ont pas d’autre choix que de se questionner et analyser leurs forces, les problématiques à travailler et leurs atouts pour surmonter les obstacles. Puisque ce processus est lancé en début de saison, les athlètes disposent de plus de temps pour élaborer des stratégies.

Lorsqu’il est placé en situation d’urgence, le cerveau est extrêmement créatif; c’est souvent dans ces moments qu’il imagine les solutions les plus géniales.

Par exemple, dès la première pratique d’équipe, même si toutes les bases techniques et tactiques ne sont pas encore en place (couverture défensive, positionnement sur la marque), je pourrais demander aux athlètes d’appliquer une stratégie défensive que j’explique de manière très sommaire. Je donne quelques principes de base, et j’évite le plus possible de répondre aux questions spécifiques et d’entrer dans les détails. Les athlètes développent alors une vision d’ensemble du jeu d’équipe. Lorsqu’ils entrent en action, c’est alors qu’ils commencent à comprendre réellement les enjeux de la stratégie. Au lieu d’anticiper toutes sortes de problèmes qui ne seront peut-être pas ceux qu’ils rencontreront réellement, la pratique leur permet d’identifier rapidement ce qu’ils maîtrisent et ce qu’ils doivent améliorer. Naturellement, ils commenceront à formuler des objectifs dans leur esprit. À la fin de l’exercice, ou lors de la pratique suivante, ils seront beaucoup plus alertes et attentifs aux nouvelles instructions, et plus engagés dans la pratique. En tant qu’entraîneur, cela me permet d’entraîner ensuite les vraies problématiques et non les problèmes anticipés. Tout le monde gagne du temps, et nous accélérons ainsi le processus d’apprentissage.

Dans un sport individuel, comme par exemple en gymnastique, je débute l’entraînement des enchaînements et des routines avant même que mes athlètes maîtrisent les mouvements techniques en situation réelle. À la poutre, je fais faire des routines tout au long de l’année, dans des situations modifiées ou adaptées, en demandant à mes athlètes de progresser d’une semaine à l’autre. Cela leur permet d’anticiper les exigences de la compétition et les embûches probables longtemps à l’avance, et cela leur donne suffisamment de temps pour réajuster le tir si besoin.

Une athlète qui réalise qu’elle doit améliorer un certain type de lancer pour mieux exécuter la stratégie d’équipe, ou qu’elle doit réussir une habileté technique spécifique pour avoir la note maximale dans sa routine en gymnastique, sera beaucoup plus motivée à entraîner cette habileté. Mais pour stimuler sa motivation, elle doit d’abord avoir pratiqué et compris la stratégie globale et bien saisir la nature des défis qui y sont associés. J’arrive à ce résultat en immergeant l’athlète dans les situations de compétition très tôt dans la saison. L’athlète qui comprend l’importance et l’utilité du travail des bases s’entraînera alors de manière plus intelligente, systématique et efficace.

Planification 2.0

En sport, on a souvent tendance à travailler les détails, une étape à la fois. Une fois la première étape franchie, on passe à la suivante. Toutefois, pour être plus efficace, le cerveau a besoin d’une vision d’ensemble de la situation. Cela lui permet d’organiser la pensée et très souvent, il arrivera intuitivement à mettre les pièces du casse-tête dans le bon ordre… à condition qu’on lui ait d’abord présenté toutes les pièces. C’est ainsi qu’on accélère le processus d’apprentissage.

En introduisant les situations compétitives en début de saison, cela me donne du temps pour faire évoluer ces situations et ainsi pousser les athlètes à relever des défis toujours plus grands. De plus, comme j’accumule du volume d’entraînement sous pression plus rapidement, je peux me permettre de diminuer le volume d’entraînement des situations compétitives dans la période de compétition, ce qui libère du temps pour travailler les bases.

C’est ainsi que j’arrive à travailler les bases tout au long de la saison. L’avantage ? Les bases techniques et tactiques des athlètes deviennent de plus en plus solides et complexes. Cela contribue à bâtir la confiance et les athlètes se sentent beaucoup plus prêts pour les compétitions.

4 étapes pour réduire le stress et bâtir la confiance

En résumé, voici mon processus de coaching sur une saison, processus qui m’a permis de bâtir plus rapidement la confiance de mes athlètes et réduire leur stress en compétition.

  1. Entraîne tes athlètes dans la zone de performance dès le début de la saison. Je fais travailler les situations compétitives très tôt dans la saison en y incluant des habiletés de plus en plus complexes ou à long terme, sans demander la perfection. Cela permet à l’athlète de repérer rapidement les défis et d’être proactif dans la recherche de solutions. Lorsqu’on augmente le niveau de difficulté trop progressivement, l’athlète intègre plus lentement les leçons puisqu’il est constamment à la limite de sa zone de confort – mais rarement complètement dans la zone de performance… comme si l’athlète avait un pied dans chaque zone.
  2. Développe des bases solides. Puisque j’entame la préparation à la compétition très tôt dans la saison, il est possible d’en faire moins à la fois. Cela me permet alors de dégager du temps lors de toutes les phases d’entraînement pour développer et perfectionner les bases.
  3. Sois créatif(ve). Pour développer des bases solides, tout au long de la saison, j’entraîne de manière répétitive les actions importantes, je présente les habiletés techniques de différentes manières, j’explique les effets des actions, je donne des repères visuels. Je questionne régulièrement les athlètes et je les aide à comprendre et développer leur analyse du mouvement. Je suis créative et je suis constamment à la recherche de nouvelles façons de présenter les bases – que ce soit sous forme de jeux, de défis ou d’images originales
  4. The Sky is the Limit… ou rien n’est impossible. Du côté des situations compétitives, je lance des défis toujours plus grands et je place les athlètes dans des situations toujours plus inconfortables, ce qui leur donne la confiance qu’ils sont prêts à tout affronter en compétition… puisqu’ils ont déjà tout affronté à l’entraînement.
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Le plaisir de la compétition

Peut-être avais-je simplement mal compris la théorie dans mes cours universitaires, peut-être l’avais-je mal interprétée… mais toujours est-il que je remarque que de nombreux entraîneurs ont eux aussi tendance à entraîner une étape à la fois, à développer principalement les bases techniques et tactiques en début de saison, et à n’aborder les situations compétitives complexes qu’en milieu de saison.

Si tu te reconnais dans la description plus haut, je t’invite à sortir de ta zone de confort et de tenter quelque chose de différent. Place tes athlètes dans des situations inconfortables, même si ce n’est pas parfait. Donne-leur un petit électrochoc en introduisant les situations compétitives rapidement. Petite nuance : il ne s’agit pas de placer tes athlètes dans des situations tellement difficiles qu’ils sont constamment en situation d’échec. L’astuce, c’est de faire des allers-retours entre la zone de performance et la zone de confort, en poussant de temps en temps à la limite de la zone de panique/frustration. Fais-le de manière structurée en ayant un plan en tête : note les principaux défis puis reviens là-dessus dans ton coaching lors de la session suivante.

Dès les premières semaines, tu remarqueras que la perception de tes athlètes les plus stressés à propos de la compétition évoluera peu à peu : plutôt que d’être une source d’anxiété et de douleur, ils commenceront à ressentir de l’excitation. Au lieu d’avoir hâte que la compétition soit passée, ils auront hâte d’entrer en action. Tes athlètes découvriront le plaisir de la compétition. Et c’est une des plus belles clés de la performance.

Pour d’autres trucs sur le coaching et la gestion du stress, clique ci-bas pour lire les articles de la série Gestion du stress : 7 conseils pour les entraîneurs:

Bon coaching!

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