Dans mon dernier article de la série Gestion du stress : 7 clés de coaching, j’explique qu’un entraîneur peut être exigeant et élever la barre des attentes, à condition que ces attentes soient relatives à des éléments que l’athlète (ou l’équipe) peut contrôler.

Que contrôle l’athlète à propos de sa performance?

Ses résultats? Pas toujours.
Son attitude, son état d’esprit et ses comportements? Oui.

Voici quelques exemples de ce qu’un(e) athlète peut contrôler en sport :

  • Le type de pensées qu’il/elle entretient dans son esprit ;
  • Où il/elle choisit de focaliser son attention ;
  • Son niveau de discipline, d’organisation et d’efficacité à l’entraînement ;
  • Sa perspective et son attitude face aux obstacles ;
  • Son niveau d’effort, de persévérance et de détermination ;
  • Son niveau de coopération, et sa capacité et son ouverture à communiquer.

Certains comportements et attitudes tracent la voie vers l’excellence, d’autres nous détournent de notre objectif. Dans mon coaching, mes attentes sont généralement très élevées à propos des éléments listés ci-haut. Cela dit, pour que mes athlètes puissent développer ces comportements d’excellence, je prends le temps de les aider à percevoir ce qu’ils contrôlent et je leur donne des outils pour se focaliser sur ces éléments.

Toutefois, avec certains de mes athlètes, il m’arrive d’élever haut la barre des attentes et de déployer de grands efforts pour les pousser à se dépasser… pour ensuite percevoir un ralentissement de la progression, une augmentation du stress, un manque d’effort ou une baisse de motivation.

Pourquoi?

S’accomplir en tant qu’entraîneur

T’arrive-t-il d’avoir de grands objectifs pour tes athlètes, de voir leur potentiel, de tout mettre en oeuvre pour les aider à se réaliser… mais de sentir une résistance ou un manque d’effort de leur part lorsque tu en demandes plus?

Ou de percevoir une grande motivation et de l’enthousiasme chez tes athlètes, puis un changement d’attitude important durant ta saison – souvent juste avant ou après une compétition?

Ou d’avoir l’impression que ton équipe se divise lorsque que les choses se compliquent sur le terrain… que certains redoublent d’efforts alors que d’autres ralentissent?

Si la réponse est oui à l’une ou l’autre de ces questions, il est possible que tu aies sauté une étape importante dans ton processus de coaching : celle du développement des valeurs et d’un but communs.

Au fil du temps, j’ai appris que mes objectifs d’entraîneur ne correspondaient pas toujours à ceux de mes athlètes ou de mon équipe. J’ai alors compris que même si je travaillais très fort pour avancer dans une direction, je ne pourrais m’accomplir en tant qu’entraîneur sans la collaboration de mes athlètes. Je devais donc apprendre à considérer les objectifs de mes athlètes ou de mon équipe, et à harmoniser mes propres ambitions avec les leurs.

Alors que je rêvais des olympiques depuis mes débuts dans le coaching, à cet instant mon grand but d’entraîneur a changé : j’ai décidé de diriger mon attention et mes efforts vers la réalisation du plein potentiel de l’athlète, humain et sportif. Au lieu de me centrer sur mon objectif personnel d’entraîneur (disons-le : au lieu de me centrer sur mon ego!), je deviendrais centrée sur le grand but de mon athlète et je le guiderais dans l’accomplissement de ses rêves et ambitions.

J’ai décidé que ma propre réalisation personnelle ne serait plus liée à mon succès, mais plutôt liée à la réalisation de mon athlète, quelle que soit sa définition du succès.

Pour y arriver, je devais comprendre les motivations profondes de mes athlètes, puis apprendre à communiquer avec eux de manière plus efficace pour mieux saisir les raisons de leur pratique sportive.

(Crédit photo : Kobby Mendez sur Unsplash )

Le grand but

Qu’est-ce qu’un grand but?

Le grand but est un moteur qui nous pousse à nous réaliser. Chaque athlète pratique son sport pour une raison, et sa motivation est différente de celle de ses coéquipiers(ères). Certains font du sport pour le sentiment d’appartenance au groupe, d’autres pour se dépasser et tester leurs limites physiques et mentales, d’autres pour le plaisir d’apprendre, d’autres pour remporter une médaille en championnat du monde. Chacun(e) est stimulé(e) d’une manière différente, et tous(tes) ne le font pas pour gagner.

En tant qu’entraîneur, tu as ton système de valeurs, tes rêves et tes ambitions. Tes athlètes aussi. Pour être efficace dans ton coaching et obtenir des résultats, tu dois apprendre à distinguer tes objectifs de ceux de tes athlètes, et te rappeler que tu es là non seulement pour réaliser tes buts personnels, mais aussi pour soutenir et guider tes athlètes (ou ton équipe) dans la réalisation de leurs buts à eux.

Stress : prendre la voie divergente

Lorsque tu as l’impression que tu pousses tes athlètes sans obtenir l’effort escompté, lorsque tu perçois un manque de motivation… cela pourrait être dû au fait que tes buts sont différents de ceux de ton athlète ou ton équipe, et que vous prenez des voies divergentes.

Voici des exemples de décalage entre les buts de l’athlète/équipe et ceux de l’entraîneur.

Talent vs engagement

Tu entraînes une équipe de soccer qui est centrée sur l’engagement, la coopération et la cohésion. Tes joueurs ont un grand respect les uns envers les autres et veulent accomplir leur but ensemble. L’ambiance du groupe est importante et chacun veut contribuer au succès de l’équipe. En tant qu’entraîneur, en début de saison tu choisis de sélectionner quelques joueurs de talent qui habitent une ville éloignée. Ils ne pourront pratiquer avec ton équipe que quelques fois dans la saison, mais ils seront présents lors des tournois. Tu crois que plus le nombre de joueurs de talent est élevé dans ton équipe, plus les chances de ton équipe sont grandes de remporter des victoires. Tes joueurs et toi avez une échelle de valeurs différente. Au fil de la saison, il est possible que cela cause des frustrations, puis du stress, et cette décision pourrait avoir un impact négatif sur la cohésion et la performance de ton équipe.

Régional vs élite

Au sein de ton équipe d’ultimate, une de tes athlètes a beaucoup de talent. Elle apprend très vite, elle est athlétique et explosive. De plus, elle a une excellente vision de jeu et elle assimile les tactiques à une vitesse exceptionnelle. Son talent est vite repéré et dès la saison suivante, elle est sélectionnée sur une équipe nationale. En quelques mois, le niveau d’engagement ainsi que le nombre d’heures d’entraînement par semaine augmente considérablement… le niveau de stress de l’athlète aussi… et son niveau de motivation diminue au même rythme. Lorsqu’elle avait débuté dans son sport, cette joueuse était très motivée car elle aimait s’entraîner avec ses amies. De plus, en-dehors des entraînements elle pratiquait la danse, activité dans laquelle elle excellait aussi. En débutant avec l’équipe nationale, elle s’est éloignée de son cercle d’amis et elle a dû cesser la danse. Elle a progressivement perdu sa motivation et, quelques mois plus tard, elle a cessé de pratiquer son sport. Son but ultime n’était pas de performer au niveau national, mais plutôt de tout donner sur le terrain avec et pour ses amies, tout en pratiquant d’autres activités qu’elle aimait.

Respecter son rythme vs plaire à l’entraîneur

Une de tes athlètes en gymnastique travaille très dur à l’entraînement, mais elle fait souvent face à des peurs et des blocages. Elle progresse lentement et se sent souvent stressée et frustrée. En début de saison, son entraîneur et elle avaient choisi une catégorie de compétition appropriée à son niveau. Mais plus le temps avance, plus la progression de la gymnaste ralentit. Il lui arrive même de « perdre » certains mouvements qu’elle maîtrisait quelques mois plus tôt. Quelques semaines avant la compétition, elle n’a pas encore maîtrisé toutes les exigences de la catégorie ; il lui manque certains éléments à la poutre. En discutant avec l’athlète, tu t’aperçois que la gymnaste avait choisi sa catégorie pour faire plaisir à ses parents et à toi. Selon elle, il n’était pas acceptable de choisir une catégorie moins élevée car elle décevrait alors son entraîneur et ses parents. Et chaque fois qu’elle s’entraîne à la poutre, elle est constamment déchirée entre son désir de ralentir sa progression pour se donner plus de temps pour assimiler les mouvements, et son désir de plaire à son entraîneur en passant plus rapidement à travers les étapes pour qu’elle soit fière d’elle et satisfaite de ses efforts.

Se tourner vers un but commun

Pour chacunes des situations décrites ci-haut, voici une solution pour développer des buts communs et aider tes athlètes et ton équipe à réduire son niveau de stress et se sentir en confiance :

Talent vs engagement. Chaque fois que tu prends des décisions importantes, qui auront un impact sur la performance de ton équipe, engage une discussion avec tes athlètes au préalable (ou même après l’événement, si tu as appliqué ta décision et que tu n’as pas obtenu l’effet escompté). Il est normal que tes athlètes ne comprennent pas toujours tes motivations, et il est normal d’avoir des opinions divergentes. L’important est d’ouvrir la communication, même si au final c’est toi qui prend la décision et qu’elle ne plaît pas à tous. En tant qu’entraîneur, tu devras prendre certaines décisions sans consulter ton équipe. Mais si tu ouvres la discussion sur les sujets délicats, même s’ils n’ont pas la décision finale tes athlètes se sentiront écoutés et respectés. Ils pourront exprimer leur point de vue. Ils sauront que rien n’est fait au hasard et que chaque décision est prise POUR eux (et non contre eux). Leur niveau de stress diminuera. Avec le temps, vous développerez une confiance mutuelle et vous alignerez vos valeurs.

On croit généralement que la préoccupation principale de nos athlètes est de gagner. C’est souvent vrai, mais pas toujours. En équipe, lorsqu’on fait jouer le tiers de l’équipe pour gagner un match, si cette décision n’a pas été prise en équipe ou tout au moins discutée, il est possible que les deux tiers de ton équipe ait des sentiments mitigés par rapport à la victoire. Et tu rencontreras une résistance encore plus grande si vous n’avez pas remporté le match. Personnellement, chaque fois que j’hésite à propos de sujets importants, quels qu’ils soient, j’en parle avec mon athlète ou mon équipe. Au final, je prends moi-même la décision, mais la discussion me permet d’avoir une vision d’ensemble de la situation et de prendre en compte les valeurs et la perspective d’autrui.

Régional vs élite. Lorsque tu entraînes une athlète de talent, prends le temps de lui expliquer les opportunités qui s’offrent à elle. Pose-lui des questions pour comprendre ses motivations et son grand but. Tu pourras ainsi l’aider à faire les bons choix pour elle. Plus une athlète est consciente de ses motivations à pratiquer son sport et plus elle choisit ce qui fait naître en elle la joie, l’enthousiasme et la confiance.

Respecter son rythme vs plaire à l’entraîneur. Dans cette situation, pour avoir l’heure juste de la part de l’athlète, il est important d’ouvrir la communication en laissant une grande place à l’athlète pour s’exprimer, sans laisser nos désirs et nos attentes interférer dans les décisions. Tu dois découvrir le moteur interne de ton athlète et lui donner suffisamment d’espace pour qu’il puisse analyser calmement ce qui se passe en lui, puis l’exprimer sans crainte.

Développe le moteur interne de tes athlètes

Les athlètes prennent des décisions et agissent souvent pour plaire à l’entraîneur, ou pour gagner son respect ou son admiration. Ils veulent répondre aux attentes, et ne se questionnent pas toujours à propos de leur propre grand but. Ce qui fait qu’ils ne sont pas toujours conscients de ce qui les poussent à pratiquer leur sport et ce qui leur procure du plaisir. Quand l’athlète ne connait pas son moteur et qu’il fait constamment des efforts pour accomplir les buts de l’entraîneur ou de ses coéquipiers, c’est alors qu’il se sent stressé(e).

Comment faire pour découvrir le moteur de tes athlètes? Pose des questions. Donne-leur suffisamment d’espace pour leur permettre de faire leurs propres choix. Résiste à la tentation de décider pour eux ou d’énoncer trop rapidement ton opinion.

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Lâcher prise sur nos propres ambitions… au profit de celles de l’athlètes

Lorsque je demande à l’athlète ce qu’il veut faire, je veux la réponse de l’athlète – pas celle qu’il croit que je veux avoir. Pour y arriver, je me détache de mes attentes et je me prépare à accepter toutes les réponses possibles. Je visualise toutes les options et je lâche prise sur le résultat pour rester attentive aux émotions et comportements de l’athlète.

T’arrive-t-il de poser une question à un athlète, ou de lui lancer un défi en t’attendant à ce qu’il le relève ou à ce qu’il démontre du caractère… mais tu n’obtiens pas ce que tu veux? Tu es alors surpris(e), déçu(e), frustré(e). Tu aurais aimé qu’il réponde autre chose. Tu te dis peut-être que l’athlète manque de caractère, de courage, de confiance ou d’ambition, et ça crée chez toi de la frustration ou du stress. Mais la plupart du temps, ce n’est pas le cas.

Les athlètes anxieux de plaire ont tendance à être constamment sur la défensive lorsqu’on demande quelque chose, par peur de ne pas y arriver. Ils adoptent un mécanisme de défense (souvent inconscient) en performant à la baisse, ceci afin que nous n’élevions pas davantage la barre… par peur de décevoir.

Lorsque l’athlète réalise qu’il peut faire ses propres choix, c’est alors qu’il commence à s’épanouir et à performer de manière plus détendue. Il se lancera alors des défis de plus en plus grands et élargira lui-même de plus en plus sa zone de confort… à son propre rythme.

Pour d’autres trucs sur le coaching et la gestion du stress, clique ci-bas pour lire les articles de la série Gestion du stress : 7 conseils pour les entraîneurs:

Bon coaching!

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1 réflexion sur “Gestion du stress : le détail qui change tout”

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