Pourquoi certaines équipes, après que les partisans eux-mêmes aient abandonné tout espoir, arrivent-elles à faire une remontée spectaculaire pour finalement remporter un championnat? Pourquoi certains athlètes, alors qu’ils auraient toutes les raisons d’échouer, parviennent-ils à se qualifier pour les Jeux Olympiques?

La réponse est en lien avec le phénomène du glass ceiling, ou plafond de verre. Dans chacune des sphères de notre vie, nous créons notre propre limite, celle que l’on croit raisonnable et possible pour nous d’atteindre. C’est un plafond invisible mais bien réel. Lorsque nous vivons une expérience chargée d’une grande intensité émotionnelle ou répétée plusieurs fois, nous mémorisons cette expérience et l’interprétons d’une certaine façon. Notre cerveau compile, analyse et détermine ensuite ce qu’il peut accomplir. Ce processus nous amène à fixer des objectifs à long terme que l’on qualifie de “réalistes et atteignables.”

Et si le seuil du réalisme était différent pour chacun? Cela aurait-il un impact sur ce que l’on peut accomplir en tant qu’athlète, ou en tant qu’entraîneur? Il semblerait que oui.

Trop tard, trop grande

Une athlète en gymnastique s’initie au sport à l’âge de 10 ans et rêve de participer aux Jeux Olympiques. Lors de son entrée dans le monde compétitif, elle se fait dire qu’une gymnaste ne peut atteindre l’élite qu’après 10 années d’entraînement et que les meilleures gymnastes débutent le sport à l’âge de 5 ans. De plus, son entraîneur lui répète souvent qu’elle est très grande et que, par conséquent, elle manque de puissance et d’explosivité pour performer à un haut niveau au sol et au saut de cheval.

Avec le temps, cette gymnaste créera son propre plafond de verre, une limite plus ou moins teintée des croyances de son entraîneur. Elle croira peut-être :

  1. Qu’il est trop tard pour penser à se qualifier pour les Jeux Olympiques ;
  2. Qu’elle n’a pas la grandeur ni la puissance requises pour exceller dans son sport.

Bien sûr, au cours de sa carrière d’athlète, elle aura appris qu’il est important de se faire confiance et que rien n’est impossible. Elle s’efforcera donc de continuer à croire en son rêve et elle redoublera d’efforts à l’entraînement. Mais il se pourrait que les obstacles lui semblent si réels et importants qu’elle érige des barrières mentales inconscientes qui affecteront progressivement son cheminement athlétique.

Toutefois, si cette athlète naviguait sur le web pour y lire les histoires de certaines gymnastes de niveau élite, elle pourrait y glaner des informations qui contredisent ce qui lui a été affirmé :

  1. Ludivine Furnon, gymnaste française, a commencé la gymnastique à l’âge de 11 ans et s’entraînait depuis moins de 3 ans lors de sa première participation aux championnats du monde.
  2. Svetlana Khorkina, athlète russe ayant participé à 3 Jeux Olympiques et détentrice de 7 médailles, était une grande et élégante gymnaste mesurant 5’5’’ (1m65).

La barrière du mille en moins de 4 minutes

Jusqu’en 1954, tout le monde croyait que courir le mille en moins de 4 minutes était impossible. C’était une barrière mythique que personne n’avait jamais pensé sérieusement pouvoir franchir. Et pourtant, en 1954, Roger Bannister réalise l’exploit : il court le mille en moins de 4 minutes. Moins d’un an après ce record historique, 37 autres coureurs reproduisent son exploit. L’année suivante, c’est 300 autres athlètes qui leur emboîtent le pas.1

Un défenseur qui marque un but… c’est possible?

Coupe du Monde de football 1998. Contre le Danemark, Emmanuel Petit, milieu défensif, marque un but. Déclaration d’après-match de Lilian Thuram, arrière latéral : “Dans le football tout peut arriver. Petit a marqué. Je croyais que c’était pas possible. Même moi je peux marquer.” Jusqu’à ce but de Petit, dans la tête de Thuram, un défenseur marquant un but, ce n’était pas possible. En s’appuyant sur le démenti apporté par son coéquipier, arrière comme lui, Lilan Thuram a désactivé sa croyance limitante. Désormais, “même lui, il peut marquer.” C’est ce qu’il fera, et à deux reprises, lors du match contre la Croatie!2

Le plafond de verre de l’entraîneur

Les athlètes ne sont pas les seuls à entretenir des croyances limitantes ; il en est de même pour les entraîneurs. Lorsque j’ai débuté dans le coaching, j’avais un plan chronologique très clair de l’évolution technique et tactique d’un athlète. Je croyais que certaines habiletés devaient être enseignées dans un ordre précis pour permettre à l’athlète de progresser plus rapidement. Je croyais aussi qu’il était important de contrôler tous les paramètres de l’entraînement et d’éviter les erreurs pour optimiser la performance.

Avec les années, j’ai appris que mes athlètes progressaient beaucoup plus rapidement lorsque :

  • Je les laissais plus souvent libres d’explorer et de faire leurs propres erreurs ;
  • Je les responsabilisais davantage par rapport à leur progression ;
  • Je les poussais à sauter des étapes et à évoluer dans des situations inconfortables, pour ensuite revenir en terrain connu.

Il a été difficile pour moi de me libérer de ces croyances limitantes, car en donnant plus de liberté à mes athlètes, j’ai dû faire preuve de patience pour observer des résultats concrets. Lorsqu’on place l’athlète dans une situation inconfortable, à prime abord il commettra des erreurs et la qualité de la performance diminuera durant quelque temps. Cependant, j’ai constaté que les apprentissages qui en résultent seront plus permanents, ce qui accélère la progression au final.

Le champ des possibles

Le cerveau ne peut analyser et concevoir qu’à partir de ce qu’il a appris, vécu, compris. Il ne peut pas percevoir ce qui n’a jamais été présenté à lui, ce dont il n’a jamais pris conscience. Tu te fies donc généralement à ce que tu connais pour déterminer ce que tu peux raisonnablement et logiquement accomplir dans ta vie.

Le dessin ci-bas représente le champ des possibles. Il représente toutes les informations qui existent. En sport, cela pourrait se traduire par l’ensemble des connaissances, des techniques, des stratégies ou de toutes les solutions qui existent pour optimiser la performance.

Le champ des possibles comprend 3 catégories :

  1. Ce que tu sais que tu sais (conscient)
  2. Ce que tu sais que tu ne sais pas (conscient)
  3. Ce que tu ne sais pas que tu ne sais pas (inconscient)

En observant ce graphique, tu peux remarquer que ce que tu connais, ce que tu maîtrises, ce que tu sais en lien avec ton sport est une toute petite partie de tout ce qui est possible. Il y a certaines connaissances, techniques ou solutions que tu sais qu’elles existent mais que tu ne possèdes pas – par exemple, tu es conscient de ne pas maîtriser un élément technique spécifique, ou de ne pas avoir la formation requise pour créer ton propre programme de fitness.

Cependant, une énorme portion du champ des possibles représente des connaissances, informations, habiletés, solutions qui existent, mais dont tu n’as pas conscience de leur existence. Imagine que tu viens du Canada et que tu pars quelques semaines en France pour des vacances. Pendant ton séjour, on t’invite à participer à quelques entraînements avec d’autres athlètes de ton niveau. Lors d’une séance, tu découvres une nouvelle approche, une solution que tu n’avais jamais envisagée pour exécuter un élément technique que tu pratiques depuis longtemps sans parvenir à le maîtriser. Tu fais alors un bond en avant dans ta progression. En osant t’entraîner dans un milieu différent de ton milieu habituel, tu es sorti de ta zone de confort, tu t’es connecté à ce que tu ne sais pas que tu ne sais pas et tu as élargi les horizons de ton champ de conscience.

4 catégories de croyances limitantes

Dans son livre The Confident Athlete, Patrick Cohn présente 4 catégories de croyances limitantes qui peuvent avoir un impact négatif sur la performance :

  1. Les attentes strictes (je ne peux pas faire d’erreur si je veux gagner)
  2. Les étiquettes négatives (je ne suis pas bonne en défensive)
  3. Les sur-généralisations (je ne joue pas bien quand il y a du vent)
  4. Toute autre croyance malsaine ou irrationnelle (je dois être parfaite)

Voici une liste de 12 croyances limitantes communes chez les athlètes. Possèdes-tu certaines de ces croyances limitantes? T’arrive-t-il de dire “je devrais”, “je dois” ou “je ne peux pas?”

  1. Pour réussir, je dois m’entraîner plus fort et plus souvent. Une pause ou un congé me fait perdre mes acquis et je prends du retard.
  2. Les erreurs et les échecs sont un signe d’incompétence.
  3. Pour bien performer, j’ai besoin que mon entraîneur croit en moi.
  4. Je ne peux pas faire d’erreur si je veux être appelé à jouer.
  5. Pour me sentir en confiance, je dois performer dès le début de ma compétition.
  6. Je ne suis pas assez rapide pour vaincre cet adversaire.
  7. Ma performance en compétition dépend de la qualité de mon échauffement.
  8. Ça fait 3 ans que j’essaie de réussir ce lancer ou cette habileté, ce n’est pas fait pour moi.
  9. Lorsque je me blesse et que je ne peux pas m’entraîner pendant un certain temps, c’est impossible de reprendre au même niveau où j’étais avant.
  10. Si je n’ai pas eu une bonne nuit de sommeil avant ma compétition, je ne pourrai pas performer à mon meilleur.
  11. Modifier ma technique est difficile et prendra du temps.
  12. Les entraînements ou les pratiques qui ont lieu durant la semaine qui précède la compétition doivent être parfaits.

En regardant cette liste, tu penses peut-être “aucun de ces énoncés ne s’applique à moi, je sais bien que ces croyances sont fausses.” Il est fort possible que ton intellect n’y croit pas, mais que certaines de ces croyances existent dans ton subconscient et qu’elles affectent tout de même tes comportements.

3 conseils pour désactiver tes croyances limitantes

Chaque fois que tu répètes dans ta tête une croyance limitante, tu affirmes à ton cerveau qu’il n’y a pas d’autre solution, approche ou façon de penser. Ton cerveau ne pourra alors que générer des idées qui confirment ta croyance. Tu dirigeras ton attention vers les situations qui te donneront raison, et ton cerveau filtrera tout ce qui pourrait infirmer ta croyance.

Comment pourrais-tu te libérer des croyances limitantes? En te permettant d’envisager que tout est possible. En cherchant des preuves et des contre-exemples qui démontrent que ce que tu veux atteindre est possible. Ainsi, tu ouvres ta conscience à un champ des possibles plus large et tu permets à ton esprit de te connecter à ce que tu ne sais pas que tu ne sais pas. Tu commences à générer de nouvelles idées et à découvrir de nouvelles possibilités qui étaient jusqu’alors invisibles pour toi.

Antoni Girod, dans son livre PNL et performance sportive: Un mental pour gagner3, donne 3 conseils pour désactiver une croyance limitante, une fois que tu l’as identifiée :

  1. Retrouver les expériences qui t’ont fait adhérer à cette croyance.
  2. Expliquer ces mêmes expériences différemment, tirer une conclusion plus utile à ta performance que celle qui t’a amené à la croyance limitante.
  3. Chercher des contre-exemples: dans ton histoire personnelle, et/ou dans les histoires d’autres athlètes qui ont accompli ce que tu veux accomplir.

Il y a quelques années, mon équipe d’ultimate devait affronter une équipe adverse composée de grandes joueuses. Comme la plupart de nos joueuses étaient de petite taille, plusieurs étaient intimidées, certainement influencées par la croyance “nous ne pouvons pas remporter ce match, nous sommes trop petites.” Résultat : durant la première moitié du match, nous avons offert très peu d’opposition et l’écart de points était abyssal.

À la mi-temps, j’ai utilisé la stratégie no. 2 de désactivation des croyances limitantes : j’ai expliqué la situation d’une autre façon, plus utile à notre performance. J’ai affirmé à mon équipe que nous pouvions donner du fil à retordre à nos adversaires et les ralentir en exécutant une défensive de zone, autant lors d’un point défensif que lors d’un revirement de la ligne offensive. En deuxième demie, dès les premiers points, nous avons commencé à déstabiliser l’équipe adverse et à l’obliger à modifier sa stratégie. Lorsque mon équipe a compris qu’il était possible d’offrir une réelle opposition, elle a commencé à y croire et elle a décuplé ses efforts et son intensité. Nous avons perdu le match, mais nous avons compris que la victoire était à notre portée, qu’il suffisait de modifier nos croyances.

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Oser penser et agir différemment

Pour accomplir tes rêves, il ne s’agit pas simplement de croire que tout est possible. Tu y arriveras en te permettant de d’orienter ta réflexion dans toutes les directions, sans restriction, et en osant faire les choses différemment. Lorsque tu développes une totale liberté de pensée, tu crées de nouvelles connexions dans ton cerveau et tu te relies à ton intuition, et à ce que tu ne sais pas que tu ne sais pas.
Observe, reflect, and become a little wiser every day.
En empruntant chaque jour la route habituelle, que ce soit au niveau de la pensée ou de l’action, tu produis le même résultat encore et encore. En modifiant ton itinéraire, tu t’ouvres à de nouvelles possibilités… et tu te lances dans l’exploration d’un univers inconnu. Il est parfois plus sécurisant de suivre à la lettre ce que l’on a appris de ceux qui l’ont fait avant nous. Il est donc possible que tu vives des émotions inconfortables à certains moments. Mais qui sait? Le nouvel itinéraire emprunté pourrait être un raccourci. Très souvent, on croit qu’on doit travailler plus dur, fournir plus d’efforts pour arriver au but, mais il arrive qu’on creuse dans la direction opposée à nos rêves. Et si parfois, il fallait simplement penser et agir différemment?
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Notes de bas de page

  1. Tiré du livre PNL et performance sportive: Un mental pour gagner de Antoni Girod, page 47.
  2. Tiré du livre PNL et performance sportive: Un mental pour gagner de Antoni Girod, page 48.
  3. Tiré du livre PNL et performance sportive: Un mental pour gagner de Antoni Girod, page 45.

1 réflexion sur “Confiance en soi : 20 croyances limitantes en sport et comment les désactiver”

  1. Ping : La minute mentale – par Guylaine Girard – Ultimate Féminin Montréal

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