Un camp d’entraînement est généralement structuré de façon à évaluer des habiletés techniques et tactiques, puis à placer les athlètes en situation de compétition. En tant qu’entraîneur, as-tu déjà remarqué que certains athlètes sont très performants lors de l’exécution des exercices techniques et tactiques, mais n’arrivent pas à tirer leur épingle du jeu lors des simulations de compétition? Pour d’autres, c’est complètement l’inverse : ils brillent en compétition, mais éprouvent plus de difficulté lors des ateliers spécifiques.

Dans le milieu du coaching, je remarque qu’il en est de même pour les entraîneurs. Certains font progresser leurs athlètes de façon fulgurante en pratique mais obtiennent moins de résultats en compétition. Alors que d’autres entraîneurs semblent être nés pour diriger dans les situations sous pression, mais ont de la difficulté à constater de réelles améliorations techniques et tactiques à l’entraînement.

Quelle est la source de ces différences? Et question plus importante : est-il possible pour un entraîneur (et/ou pour un athlète) d’être performant à l’entraînement ET en compétition? La réponse est oui.

L’efficacité avant tout

Patrick Cohn, dans son livre The Relaxed Athlete1, explique qu’à l’approche d’une compétition, un athlète should prepare his mind to win ugly – c’est-à-dire qu’il se place dans un état d’esprit pour faire ce qui doit être fait pour arriver à son but. Winning Ugly, c’est cesser de s’inquiéter de ce à quoi notre jeu ressemble, ou de comment on se sent pour mettre la priorité sur l’efficacité des actions. Cohn a emprunté cette expression à l’entraîneur de tennis Brad Gilbert qui, dans son livre Winning Ugly, explique :

“J’ai utilisé toutes mes habiletés de façon calculée pour maximiser mon potentiel, afin de me donner les meilleures chances de gagner. C’est ainsi que j’ai été capable de battre des joueurs qui sont soi-disant « meilleurs » que moi. Vous pouvez faire de même. Tirez le meilleur parti de ce que vous avez.”

Le bon état d’esprit au bon moment

Il existerait deux états d’esprit, le premier étant l’état d’esprit prudent, précis et perfectionniste (que j’appelle PPP), et le second étant l’état d’esprit fonctionnel – ou le Win Ugly Mindset. Ces deux états d’esprits existent chez l’athlète, mais aussi chez l’entraîneur : certains ont tendance à être plus précis et perfectionnistes dans leur façon d’enseigner, alors que d’autres privilégient une approche fonctionnelle.

Pour un entraîneur, l’un des deux états d’esprit est souvent plus naturel, alors que l’autre doit être davantage entraîné. Car l’art du coaching, c’est adopter le bon état d’esprit au bon moment. Parfois, la situation nous demande d’être perfectionniste, prudent et précis, alors qu’à d’autres moments, pour performer nous devons adopter le mode fonctionnel – faire ce qu’il faut pour gagner. Les entraîneurs les plus performants sont ceux qui arrivent à faire la transition de l’un à l’autre des deux états d’esprit lorsque c’est nécessaire.

PPP en pratique, fonctionnel en compétition

En tant qu’entraîneur, tu as avantage à te placer dans l’état d’esprit PPP – prudent, perfectionniste et précis – dans les moments où le processus compte le plus : quand tu développes des aspects techniques et tactiques du sport, ou encore quand tu travailles sur la précision des stratégies, sur le synchronisme des joueurs, sur la qualité d’exécution technique des mouvements. Lorsque ton objectif est de développer, corriger des détails, ou perfectionner, tu dois te placer dans un état d’esprit PPP. Puisque ton objectif est de peaufiner des actions, il est parfaitement acceptable d’arrêter le match ou de reprendre tes athlètes lorsqu’ils n’exécutent pas correctement un geste ou un jeu, et ce même si au final cela a fonctionné – par exemple l’athlète a réussi le mouvement, ou encore un point a été marqué. Agir de cette façon te permettra d’améliorer la constance de tes athlètes et d’obtenir des bases techniques et tactiques plus solides.

À l’inverse, tu as avantage à te placer dans l’état d’esprit fonctionnel ou « faire ce qu’il faut pour gagner » dans les moments où le résultat compte le plus : lors d’une simulation de compétition, en match, en tournoi ou en compétition. Dans ces situations, tu dois tirer le meilleur parti des atouts de ton équipe pour performer. Tu laisses aller la rigidité et les petits détails, et tu te concentres sur ce qui permet à ton équipe de jouer de façon efficace et optimale. Par exemple, il est possible que tu doives lâcher prise sur une technique que tu aimes beaucoup, mais que ton athlète n’arrive pas à maîtriser, pour en adopter une autre qui fonctionne mieux. Ou encore, tu devras peut-être laisser tomber un jeu que tu sais très efficace, mais que tes joueurs n’arrivent pas à exécuter correctement, au profit d’un autre jeu qui a un taux de réussite plus élevé.

Dans un même entraînement, il peut y avoir des moments pour faire preuve de précision et de perfectionnisme, et des moments pour faire preuve de fonctionnalité et d’efficacité. Un même exercice peut aussi être fait avec un état d’esprit différent.

Par exemple, lors d’une situation de jeu en pratique :

  1. Tu peux demander à tes athlètes d’exécuter certains jeux avec les bons déplacements selon le livre de jeux, et de respecter certains principes offensifs déterminés à l’avance juste avant le match (état d’esprit PPP car ils doivent être précis) ;
  2. Ou encore, tu peux leur demander d’accomplir un certain pourcentage de réussite au niveau offensif. Il n’y a pas de règle énoncée avant le match à propos des jeux ou des principes (état d’esprit fonctionnel car la première règle est d’être efficace).

Quel est ton état d’esprit naturel en compétition?

En compétition, l’entraîneur est plus performant lorsqu’il arrive à se placer dans un état d’esprit fonctionnel. Voici les caractéristiques que tu peux observer selon l’état d’esprit dans lequel tu te trouves. Lequel est le plus naturel pour toi?

État d’esprit PPP en compétition

  • Tu as besoin de tout contrôler par rapport à la compétition.
  • Tu veux que ton équipe / tes athlètes paraisse(nt) bien et se sente(nt) bien.
  • Tu as besoin d’être très sérieux pour rester concentré et pour aider ton équipe / tes athlètes à performer.
  • Tu veux que ton équipe / tes athlètes évite(nt) les erreurs à tout prix.
  • Tu incites tes athlètes à être prudents en début de compétition.

État d’esprit fonctionnel en compétition

  • Tu laisses ton instinct naturel te guider durant la compétition.
  • Peu importe de quoi ça a l’air, l’important c’est que ça fonctionne.
  • Tu lâches prise, tu vas avec le flow et tu as du plaisir.
  • Peu importe ce que les gens pensent… tout est à propos du jeu.
  • Tu fonces et tu encourages tes athlètes à tout donner dès le départ.

On retrouve ces mêmes caractéristiques chez l’athlète, selon l’état d’esprit adopté. Encore une fois, l’état d’esprit fonctionnel est celui qui devrait être développé par l’athlète dans les situations de compétition.

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Voyager d’un état d’esprit à l’autre

En tant qu’entraîneur, si tu as une tendance naturelle à adopter l’état d’esprit PPP, en développant ton état d’esprit fonctionnel tu amélioreras rapidement tes résultats en compétition. À l’entraînement, tu peux aussi améliorer ton efficacité de coaching en déterminant ton objectif pour chacun des exercices et en modifiant ton état d’esprit selon le but. Cela incitera tes athlètes à développer l’état d’esprit qui est le moins naturel pour eux. De manière générale, j’ai remarqué que les hommes ont tendance à adopter plus naturellement l’état d’esprit fonctionnel, alors que les femmes développent plus naturellement l’état d’esprit PPP. Lorsque j’ai commencé à entraîner la précision avec les athlètes masculins, et l’instinct et le plaisir de la compétition avec les athlètes féminines, c’est alors que j’ai pu constater une augmentation notable de l’efficacité – en pratique pour les hommes, et en compétition pour les femmes.
Once your mindset changes, everything on the outside will change along with it. –Steve Maraboli
Avec la pratique, tu réaliseras que certains athlètes fonctionnent mieux avec l’un ou l’autre des deux états d’esprit, mais plus rare sont ceux qui arrivent à transférer rapidement de l’un à l’autre! Tu peux les aider en leur enseignant la différence entre les deux états d’esprit, en les faisant voyager de l’un à l’autre en pratique et en les incitant à développer l’état d’esprit fonctionnel en compétition.
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Notes de bas de page

  1. The Relaxed Athlete

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